(Français) Festival de Pérouse : quel rapport entre journalistes et acteurs de la coopération ? 1


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Les journalistes peuvent-ils « se fier » aux ONG ? Comment les acteurs de la coopération peuvent-ils gagner en crédibilité en tant que sources d’information indépendantes et témoins directs dans des contextes de crise ? Et, surtout, pourront-nous un jour voir l’activisme et le journalisme joindre leur forces ? Telles sont les questions qui ont été abordées lors du Festival International du Journalisme de Pérouse qui s’est déroulé en Italie du 6 au 10 avril 2016. Ces problématiques ont particulièrement été soulevées vendredi 8 avril lors du séminaire «Crises humanitaires : le rôle journalistique des coopérants et des activistes» au Centre Services G. Alessi.

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Le débat est parti du constat suivant : très souvent les journalistes n’arrivent pas à trouver des informations directes issues des zones qui souffrent de crises de tout type dans le monde. En parallèle, les acteurs de la société civile possèdent ce genre d’information et ils sont conscients de les avoir parfois de manière exclusive. Se pose ainsi la question suivante : la société civile, les ONG, les acteurs de la solidarité internationale peuvent-ils être considérés comme des sources fiables d’informations ? Ils ne sont pas journalistes et leur mission ne prévoit pas l’impartialité et l’objectivité dans leur analyse des contextes et des situations. Une collaboration journalistes/société civile pour la production d’informations est-elle possible ?

Selon Gabriella Stern, responsable des médias et des relations extérieures de la Bill&Melinda Gates Foundation, les stratégies de communication des acteurs de la société civile doivent aussi suivre les règles principales du journalisme, c’est-à-dire l’objectivité et la neutralité. Cependant, elle pense que le “solutions journalism”, qui est très apprécié par les lecteurs, peut être un bon compromis entre la communication institutionnelle et l’information.

Andrew Stroehlein, directeur du secteur européen des médias de Human Rights Watch, estime que la question de la liberté de la presse est centrale. Il pense que précision, équité et transparence doivent être des valeurs partagées aussi bien par les communicants de la société civile que par les médias. Selon lui, le sujet le plus épineux est justement le fait de mettre en place une communication qui met en évidence la différence entre l’information et l’activité de promotion des droits.

À ce propos, Jean-Paul Marthoz du Comité pour la Protection des Journalistes, qui a travaillé pour Human Rights Watch, affirme que pour les ONG il est très difficile de ne pas faire la promotion des droits c’est-à-dire d’être complètement neutres quand on transmet une information ; à la différence d’un journaliste, qui devrait toujours être libre des contraintes.

Selon Wilfried Ruetten, directeur de l’European Journalism Centre, le journalisme en Europe est très souvent orienté et renonce au principe de la neutralité. Il pense donc que ce n’est pas grave si les informations des ONG sont elles aussi peu « neutres ». Il ajoute que le principe de la transparence, surtout vers les donateurs, doit être le fondement de la communication de la société civile.

Rachael Jolley, directrice de Index on Censorship (publication éditée tous les quatre mois), juge que les journalistes et les communicants des ONG doivent emprunter deux routes différentes et que les deux professions ne peuvent pas vraiment se superposer. Elle se pose une question primordiale : qui va financier le journalisme d’enquête étant donné qu’on pense avoir accès gratuitement aux contenus ?

Ce séminaire très intéressant a permis de faire émerger une série de réflexions pleinement cohérentes et en accord avec le projet européen “DevReporter Network”.

La question cruciale posée par Rachael Jolley, nous permet de rappeler un des résultats principaux du projet : le financement et la réalisation de dix-huit reportages journalistiques, planifiés grâce à la collaboration entre journalistes et ONG. Les résultats obtenus ont été très intéressants. La vidéo suivante est une synthèse qui permet d’avoir une idée des œuvres réalisées :

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L’auteur de cet article a vécu personnellement l’expérience de la création de Guinendadi.it, un reportage multimédias sur la Guinée-Bissau, proposé par l’ONG ENGIM Piemonte Internazionale et réalisé par les journalistes Serena Carta, Carolina Lucchesini, Fabio Lepore et Sara Perro. Une expérience importante pour les groupes impliqués : l’équipe des opérateurs et communicants de l’ONG (entre Turin et la Guinée-Bissau) s’est mise à disposition de l’équipe des journalistes en leur garantissant la totale liberté d’expression et d’analyse, en les aidant dans leur activité grâce aux connaissances et à l’expérience des opérateurs des ONG et de leurs partenaires sur place.

Découvrez le trailer de Guinendadi.it :

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Cet exemple montre comment – pour revenir à une des questions au début du séminaire de Pérouse – l’activisme et le journalisme peuvent vraiment unir les forces pour obtenir des résultats intéressants. Il suffit de lire, sur le site de Guinendadi.it (voir la section « Parlano di noi » ) la liste des quotidiens nationaux qui ont présenté le site multimédias en tant que bonnes pratiques. À noter que le site a reçu le Prix du meilleur reportage DevReporter pour l’Italie et le plus voté par le public au niveau international.

Mais ceci n’est seulement qu’un des résultats obtenus grâce au projet “DevReporter Network”. La réflexion dans les trois régions impliquées (Piémont, Rhône-Alpes, Catalogne) est partie des mêmes questions soulevées au cours du séminaire de Pérouse: promotion et journalisme peuvent-ils cohabiter ? Les ONG peuvent-elles êtres des sources fiables pour les journalistes ? Leurs communications peuvent-elles être considérées comme de véritables informations ? Comment les journalistes peuvent-ils parler en connaissance de cause de lieux très distants aux dynamiques complexes et qui demandent souvent une connaissance profonde des contextes et des points de vue des populations locales ?

Grâce au projet DevReporter plus de 1.100 coopérants, activistes et 1.400 journalistes ont pu se rencontrer et, plus important encore, parler pour comprendre les exigences des uns et des autres, chercher des points de convergence et voir si une collaboration est possible dans la confiance réciproque.

Le chemin a été long : trois années de séminaires, rencontres, formations et ateliers rassemblant journalistes et acteurs de la solidarité internationale, tel que celui organisé en octobre 2015 à Barcelone :

Les participants sont parvenus à élaborer ensemble, à la fin du projet, le Vade-mecum pour une information internationale responsable. Ce document constitue une base pour un travail en commun et une collaboration, comme souhaités pendant le séminaire de Pérouse.

Par Valentina Topputo, Ong ENGIM Piemonte Internazionale

Il est possible de revoir la vidéo du séminaire sur le lien:

Pour consulter le programme complet du Festival de Pérouse (beaucoup de séminaires ont été enregistrés et les vidéos sont visibles sur Youtube) : www.journalismfestival.com/programme/2016

Quelques séminaires sélectionnés pour les participants du réseau de “DevReporter” :

Climate change and migration: the untold story

Syria, how (not) to to report on a war

Frontiers: journalists, photographers and authors on the migrant tragedy

 

Par Valentina Topputo, Ong ENGIM Piemonte Internazionale


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